La Librairie Métamorphoses : une île au trésor des temps modernes
- Apr 15
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Updated: May 4
En 2020, les éditions Leal Torres ont célébré le lancement de leur premier ouvrage, Le Gardeur de troupeaux, à la Librairie Métamorphoses. C’était le point de départ d’une belle amitié liant notre maison d’édition à cette institution germanopratine hors pair. Aujourd’hui, le catalogue complet des éditions Leal Torres y est disponible à la consultation et à la vente.
Notre équipe a récemment eu la chance de passer un moment dans ce lieu enchanteur en présence de Michel Scognamillo, co-fondateur et directeur de Métamorphoses. Celui-ci nous a présenté sa librairie unique spécialisée en livres anciens et modernes, reliures, manuscrits, documents autographes, photographie et œuvres graphiques sur papier, tout en nous racontant son parcours et sa conception de son métier.

Un lieu pour célébrer le livre
À la fois librairie, galerie et maison d’édition, Métamorphoses est avant tout un lieu pour célébrer le livre. Spécialiste de livres anciens et modernes précieux de toutes époques, la Librairie propose en effet une collection recherchée de livres illustrés, de livres d’artistes et de livres exceptionnels de par leur provenance ou de par leur condition.
« Notre domaine, c’est avant tout le contenu du livre. », explique Michel Scognamillo. « Nous sommes évidemment à l’affût de tout ce qu’un livre peut présenter de ‘plus’ : une dédicace spéciale, des illustrations d’origine, une reliure travaillée ou tout autre ajout extraordinaire. Mais ce qui nous intéresse a priori, c’est le texte et l’état de préservation du livre, qui doit être le plus proche possible de sa condition d’origine. »
Côté galerie, l’équipe de Métamorphoses dédie des expositions à des auteurs, dessinateurs, peintres, ou autres artistes ayant de près ou de loin un rapport avec le livre. À l’occasion de ces démonstrations, Métamorphoses édite un ouvrage plus ou moins scientifique, selon le sujet et les thèmes abordés. Par exemple, en 2022, une exposition rétrospective a été consacrée au travail de Fanny Viollet avec l'ambition d’offrir une vision d’ensemble de son œuvre brodée ; le catalogue Fanny Viollet ou les métamorphoses du fil a été édité à cette occasion. Le lien avec le livre ? Viollet a travaillé à la création de reliures en textiles pour plusieurs ouvrages.
C’est ainsi que Métamorphoses conçoit des expositions-événements autour de thèmes et figures variés—des surréalistes roumains Paul Păun / Paon et Ghérasim Luca à Gisèle Celan-Lestrange, en passant par Zoran Mušič, Gilles Aillaud, Christelle Téa, Diane de Bournazel et tant d’autres—qui offrent, selon leur vocation, un aperçu ciblé ou une vue panoramique de l’œuvre de figures marquantes des arts du livre. La Librairie a d’ailleurs dédié des expositions à l’artiste Gérard Traquandi et à la relieuse d’art Louise Bescond, chers amis des éditions Leal Torres.

Le point de départ : la rencontre
Selon le libraire, c’est un peu le hasard qui détermine le calendrier d’exposition et, conséquemment, le calendrier éditorial de Métamorphoses. « J’aimerais bien montrer Francis Bacon et Cy Twombly, mais je ne suis pas le seul. Je me laisse donc guider par les rencontres pour définir notre proposition en termes d’expositions. »
La Librairie a ainsi eu l’opportunité en 2024 de dédier une exposition à Fleury Joseph Crépin avec une trentaine de tableaux qui faisaient partie d’une collection personnelle depuis plus d’un demi-siècle. C’est grâce à un confrère et ami qui a fait le lien entre le collectionneur nonagénaire et le galeriste que cette exposition a pu voir le jour en cette année qui marquait le centenaire du surréalisme.
C’est aussi une rencontre qui marqua le point de départ de la carrière de Michel Scognamillo : celle avec L’île au trésor, premier livre qui l’a fait rêver. « Mon histoire avec les livres a commencé en Italie, à l’âge de 12 ans. Il y a eu ce livre, et puis des dizaines et des dizaines d’autres. J’avais 21 ans lorsque j’ai quitté l’Italie : je suis arrivé en France et j’ai fait mon service militaire. Puis, j'avais besoin d’un travail, et je suis rentré dans une librairie de livres anciens comme bibliographe. J’ai changé de maison et de rôle plusieurs fois… Jusqu’au jour je décidai d’ouvrir mon propre espace. Avec Alban, qui allait devenir mon associé, nous avons trouvé ce local qui nous convenait parfaitement. En 2018, nous nous sommes installés pour être libraires, mais vu l’espace et nos intérêts communs, l’idée d’exposer et puis de publier nous-mêmes s’est imposée d’elle-même. »

Les joyaux de l’île
Des milliers de livres lui sont passés entre les mains en quarante ans de carrière. Lorsqu’on lui demande lesquels l’ont marqué, Scognamillo évoque un exemplaire du livre Du côté de chez Swann, premier tome de la Recherche, comportant des corrections textuelles et typographiques de la main de Marcel Proust, encore inconnu à l’époque. Il y avait aussi cet exemplaire des Vies des hommes illustres de Plutarque, dans une traduction d’Amyot datant de 1565, présentant deux fois la signature de Ronsard; on connaît très peu de livres en français ayant appartenu à Ronsard, et celui-là pourrait bien être le seul livre littéraire en français lui ayant appartenu. « Et puis, il y eut ce petit manuscrit de Bataille qu’on avait acheté en vente publique et sur lequel j’ai travaillé pendant des mois. J’en ai fait une description importante, avant de le vendre à l’Université Harvard—c’était l’époque où cela était encore possible… »
Un lieu pour prendre le temps
Avec ses murs blancs et ses fenêtres lumineuses, ses expositions enchanteresses et ses centaines de livres captivants, la Librairie Métamorphoses donne envie de s’y attarder.
« Notre activité peut paraître un peu extravagante par rapport aux libraires de livres anciens, et en même temps, très différente des autres galeries parisiennes. Les gens ne savent pas très bien où nous situer et on s’en fait une raison. On n’essaie pas de se cantonner dans une spécialisation. »
Pour l’équipe de la librairie Métamorphoses, l’essentiel est d’accomplir ce qui est entrepris avec sérieux : « On se dédie à ce qu’on aime, à ce que nous amènent les rencontres. » Avoir la liberté de ne se consacrer qu'à ce qui nous intéresse, c’est en effet peut-être la plus grande des richesses.
C’est ainsi qu’un impressionnant catalogue d’écrivains et d’artistes variés est mis de l’avant au 17 rue Jacob. C’est une équipe passionnée et érudite qui vous servira de guide en cette île fantastique.