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Jouer avec l'insaisissable : Revisiter Le Hautbois de Delphes avec Alexandre Capan

  • 8 juin
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 7 jours

L’artiste Alexandre Capan explore les « seuils du visible, les zones de silence » entre l’apparition et l’effacement. Avec une démarche artistique embrassant la durée et la lenteur, il recherche un « équilibre instable » et suspendu, une tension entre ce que l’on voit et ce que l’on ne peut saisir. Notre équipe a récemment eu le plaisir de discuter avec lui de son travail ; découvrez l’homme derrière les vibration visuelles ayant apporté texture et profondeur au livre-œuvre Le Hautbois de Delphes.

 

 

le hautbois de delphes

La recherche d’une voie

Depuis toujours, Alexandre Capan crée. Ayant grandi dans un milieu artistique, entouré de musiciens, de comédiens et de peintres, il dessine dans les marges de ses cahiers d’écolier, peint quelques toiles et expose même son travail à Nice et ailleurs. Il complète des études en histoire et débute une carrière dans l’immobilier, mais décide, presque du jour au lendemain, de s’adonner à ce qu’il aime vraiment : la création et l’exploration artistiques. Il se lance ainsi dans un master en médiation et ingénierie culturelle, et complète un stage à la Villa Arson en régie. Pendant les trois années suivantes, il travaille le montage d’expositions tout en développant sa pratique personnelle pour en trouver la forme et la voix singulières.

 


De la figuration à l’abstraction

« Mon travail était très figuratif, dans les débuts—trop figuratif, même. J’avais beaucoup de mal à aller dans l’abstraction… » C’est grâce à l’usage de la photo qu’il commence à sonder des zones plus floues : il photographie par exemple ses toiles, pour peindre ensuite des gros plans des photos représentant ses propres tableaux. En multipliant les étapes avant l’aboutissement de l’œuvre dans une sorte de mise en abîme autoréférentielle trouble, il invite le doute et l’incertitude dans son travail, se permettant un glissement vers l’inconnu. Aujourd’hui, il poursuit son exploration de l’abstraction pour tenter de cerner les contours de son langage visuel propre.

 

Le Hautbois de Delphes

La création par le jeu

D’ailleurs, on a l’impression qu’Alexandre Capan joue. Il mélange les techniques pour créer ses propres méthodes alliant une pratique de photographie, de peinture, de dessin, de performance et de composition musicale. Lorsqu’on lui demande par exemple sur quoi repose sa pratique musicale, il explique que peinant à travailler dans le silence, constatant que la musique qui lui plaît perturbe parfois sa concentration, il a décidé de créer des pièces sonores pour sa propre écoute. Il peut ainsi travailler au son de ses compositions drone ou autre, comme par exemple lorsqu’il s’approprie un des mouvements de la septième symphonie de Beethoven en l’étirant sur deux heures pour créer un morceau évoquant une certaine étrangeté. Il peut par ailleurs s'amuser à « traduire » ses œuvres picturales en compositions musicales, ou à intégrer ces dernières dans ses performances. Dans tout ce qu’il fait, il semble envoyer des signaux, laisser des traces pour tenter de dire le doute, l’inconnu, l’insaisissable.


le hautbois de delphes

Une ode à la musique

Dans le Le Hautbois de Delphes, un livre évoquant et célébrant la musique, Alexandre Capan synthétise ses différentes pratiques et les fait cohabiter dans une sorte de partition visuelle qui dialogue avec le texte original et inédit composé par Patrick Quillier pour l’occasion. L’ouvrage présente ainsi, d’une part, les compositions de Capan organisées en cinq mouvements adoptant chacun un langage visuel distinct, et, de l’autre, le texte de Quillier présenté lui aussi en cinq parties dont chacune revêt un stye textuel différent : prose, poèmes en vers, poèmes en prose, etc. Le résultat : un livre-œuvre où les œuvres visuelles n’illustrent pas le texte, mais où le trait, la forme et la couleur dansent avec les mots sur un paysage changeant, au son du hautbois.


L’ouvrage est d'ailleurs présenté avec un enregistrement sur 33 tours réalisé en collaboration avec l'Orchestre national de Cannes. Celui-ci propose une interprétation de deux pièces de charme pour hautbois et piano dans la veine de la Belle Époque, ainsi que d'une œuvre plus méditative pour cor anglais par les musiciens Valérie Schaeffer et Vincent Tizon. Cette écoute fait écho aux œuvres poétiques et artistiques contenues dans le livre.


lancement le hautbois de delphes
Un concert-lecture à Cannes pour le lancement du Hautbois

 

L’ensemble de l’ouvrage est par ailleurs traversé par la figure de Vladimir Jankélévitch, philosophe qui s’est beaucoup consacré au mystère de la musique. Ses écrits sur le je-ne-sais-quoi et le presque-rien, points de convergence des différents chemins qui se croisent dans Le Hautbois, parlent à l’artiste qui a dédié deux années à la création des œuvres originales présentées dans ce livre. L’infime différence se situant entre l'être et le non-être qui préoccupe le philosophe révèle en quelque sorte l’espace de création de Capan : à la croisée de ce qui est manifeste, visible, découvert, et de ce qui est voilé, trouble, inconnaissable.




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